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12 avril, 2024

"Rock Around the Clock" a 70 ans

Chaque 12 avril est un anniversaire que je fête en musique. Ce jour-là, en 1954, il y a donc soixante-dix ans, Bill Haley et ses Comets enregistrent à New York "(We're Gonna) Rock Around the Clock", pour Decca Records. 

Prévue en face B de "Thirteen Women", la chanson devient un succès mondial lorsqu'elle figure au générique du film Graine de violence en 1955. Au moins 25 millions d'exemplaires de la chanson auraient été vendus. 

Cette chanson symbolise, à mes oreilles, le rock and roll et de la joie de vivre. 

Merci à Bill et ses Comets !

En savoir plus sur la chanson (page en anglais) : Rock Around the Clock - Wikipedia

"Clock" atteint le Top 20
au Royaume-Uni à nouveau
en 1968 (photo), puis le Top 12 en 1974..




01 juillet, 2021

Disque : R-O-C-K (1976), par Bill Haley

En 1976, Bill Haley est sur le point de quitter la scène. Le roi du rock est affecté par la mort de son saxophoniste Rudy Pompilli, décédé d'un cancer des poumons le 5 février. Membre des Comets depuis 1955, pour le meilleur et pour le pire, Rudy était une sorte de frère pour Bill. Comment continuer ? A quoi bon le faire ? dut se demander Bill.

Bill Haley 1976
R.O.C.K. sortit en 1979 sous licence
chez Sun Records (recto de la pochette).
Sous contrat chez Sonet, l'homme à l'accroche-coeur avait enregistré en studio pour la dernière fois en 1972, à Nashville, pour l'album Just Rock and Roll Music. La firme suédoise lui passe une nouvelle commande. Pour la troisième fois, le producteur est Sam Charters. Après la mauvaise expérience de Nashville où Haley, alcoolisé, aurait semé le chaos au motel, l'enregistrement a lieu en Alabama, au studio FAME (Florence Alabama Music Enterprises). Bill se rend au studio, alors situé à Muscle Shoals, accompagné de sa femme Martha et du jeune fils qu'il a eu avec elle, Pedro. Martha étant présente, Bill se tient en principe à l'écart de la bouteille. 

Un mystère subsiste sur cet enregistrement : une partie des musiciens – le guitariste soliste, le pianiste, le saxophoniste et le batteur – sont inconnus à ce jour. S'agit-il de musiciens locaux, de "requins de studio" ? Seuls seraient identifiés le guitariste rythmique (Ray Parsons, entré chez les Comets en 1969) et le bassiste (Jim Lebak, entré en 1974).

Le disque est, comme à l'habitude pour Haley, composé de reprise : des morceaux de son propre répertoire, allant de la période pré-Decca ("I'll Be True To You" ; "Farewell, So Long, Goodbye" ; "l'll Be True to You" ; "Dance With a Dolly") aux années Decca ("Dim, Dim the Lights" ; "Ooh! Look-a There Ain't She Pretty" ; "Dim, Dim the Lights" ; "Burn That Candle"; "R-O-C-K" ; "I Got a Woman") en passant par les années mexicaines ("Mohair Sam", chanté en 1966 par le guitariste soliste Johnny Kay sur Orfeon). 

Un ton plus bas

Bill Haley 1976
Verso de la pochette de R.O.C.K.. Photo prise lors de la tournée
européenne de fin 1974, avec Rudy Pompilli au saxo.
Bill Haley était-il fatigué ou enrhumé ? Lors de cette session, d'une voix nasale, il reprend certains morceaux un ton plus bas que lors des enregistrements originaux. A titre de comparaison, son confrère Gene Vincent, même usé par les tournées, l'alcool et la cigarette, chanta ses classiques ("Be Bop a Lula", "Say Mama"...) jusqu'au bout dans la même tonalité. Idem pour Elvis qui, en 1977, reprenait sur scène encore "Jailhouse Rock" en ré, comme vingt ans avant. 

Pour revenir à Bill, malgré les changements de tonalité, ses enregistrements de 1976 sont de bonnes réalisations. Les solos de saxo, guitare et piano s'enchaînent, parfois rallongés par rapport aux versions d'origine. Au mixage, la guitare rythmique acoustique est très en arrière, quasi inaudible, hormis sur "R.O.C.K".

Ce sera l'avant-dernier disque de Bill, précédant de trois ans Everyone Can Rock 'n' Roll, mis en boîte dans le même studio. 

Détails du disque sur Discogs






31 décembre, 2020

Disque : Just Rock and Roll Music, par Bill Haley

Au 123, rue Oberkampf à Paris (France) existait un disquaire spécialisé dans le rock des années 1950-1960 : les Disques Sannino, tenue par feu Ciro Sannino, commerçant rondouillard qui avait vu Gene Vincent sur scène lors de sa tournée dans le Nord en 1963. Dans cette boutique, je fis l'acquisition du 33 tours de Bill Haley : Just Rock and Roll Music ; il neigeait, c'était le 31 décembre 1985, Bill Haley était mort depuis quatre ans.

Bill Haley Sonet 1973
L'album Just Rock and Roll Music,
enregistré par Bill Haley en 1972.
A cette époque, je possédais de nombreux enregistrements de Haley chez Decca (réédités par MCA), ainsi que les disques produits par Sonet en 1968, 1970 et 1979. Just Rock and Roll Music manquait donc à ma collection. Enregistré début décembre 1972 aux studios Woodland de Nashville et publié en 1973 chez Sonet, cet album était quasi introuvable dans les bacs des disquaires français en 1985.

L'exemplaire que j'acquis chez Sannino était un pressage anglais à l'état neuf, provenant sans doute d'un vieux stock. Il me coûta 93 F soit environ 25 € actuels en tenant compte de l'érosion monétaire due à l'inflation. C'était une somme en 1985 ! Les disques du label Bear Family tournaient autour des 80 F (soit environ 22 €) chez Sannino, un prix que je trouvais déjà élevé.

Pedal steel guitar
Pour ce nouvel album, les musiciens étaient constitués des Comets d'alors (Rudy Pompilli au saxo, Bill Miller à la guitare solo, Ray Cawley à la basse, Buddy Dee à la batterie), auxquels le producteur Sam Charters avait adjoint des musiciens de studio : Lloyd Green (pedal steel guitar et dobro), Jerry Shook (guitare rythmique) et Bobby Wood (piano). Du beau monde devant les micros, donc. Pourtant, si les solos et les arrangements en harmonie (guitare/saxo/steel) sont parfaitement exécutés, l'ensemble est un peu fade. Rey Cawley est bien discret, notamment sur "Personality" où il joue plus "country" que "rock". Lloyd Green, que j'admire comme l'un des plus grands pedal steel guitaristes copie les ricochets et glissandos de Billy Williamson, l'ancien steel guitariste des Comets. Mais le jeu de pedal steel est trop différent du jeu de lap steel. Quant au dobro, un emploi original pour du rock, il sonne trop "country". Le dobro de Red Rhodes sur l'album de Gene Vincent I'm Back and I'm Proud, en 1969, était plus approprié car les morceaux étaient des airs country. Quant à la guitare rythmique de Jerry Shook, était-elle indispensable ? Le piano suffisait pour soutenir le son.

Album concept

Bill Haley 1973
Just Rock and Roll Music, pressage anglais,
eut sa version française : More Rock and Roll Music.
Just Rock… est un album concept en ce qu'il rassemble des titres de rock-and-roll, comme l'explique Sam Charters sur la note au verso de la pochette. Le producteur, spécialiste de blues, voulait profiter de la vague de rock revival et du succès de Bill lors du festival de Wembley en août 1972 pour remettre le roi du rock là où ses fans le voulaient. Sur son album précédent (Rock Around the Country, 1970), Haley avait peut-être trop frayé sur les sentiers de la country ; bien qu'artistiquement réussi, le disque fut un échec commercial. Pour Just Rock..., Bill ne chante que des reprises. Quelques bonnes interprétations : "I'm Walking" (quoiqu'un peu molle) ; "Personality" ; "Bring It On Home To Me" (d'excellents solos de guitare et de steel enchaînés) ; "Lawdy, Miss Clawdy". Je retiens aussi "Crazy Man, Crazy": bien que plusieurs fois enregistrée en studio (en 1953 chez Essex, puis en 1960 chez Warner Bros.), la version 1972 est bien rythmée, avec à la fin une ambiance de soirée spécialement créée dans le studio – Rudy Pompilli criant "Git it , babe!". Pour le reste, les énièmes versions de "Flip, Flop and Fly" et "Whole Lotta Shakin' Goin' On" sont de trop. N'y avait-il pas d'autres titres à reprendre ? D'anciens titres Decca ou Essex de Bill, voire des titres d'autres artistes ?
Bill Haley aux studios Woodland.
Billboard, 12 mai 1979, p. 49.

Whiskey

D'après la biographie de Haley signée par John Swenson(1), les sessions de 1972 furent un "cauchemar pour toutes les personnes impliquées". Charters y raconte les difficultés à faire enregistrer Bill, fortement alcoolisé, qu'il fallait "diriger vers le microphone". Le dernier jour, le chanteur aurait hurlé et cassé du mobilier dans le motel, terrorisant les musiciens enfermés dans leurs chambres. "Rock the Joint" en travaux pratiques, en quelque sorte. Heureusement, ces problèmes de whiskey-soda ne tranparaissent pas sur le disque : Haley chante juste.

Plus de détails sur le disque, voir Discogs.com

(1) Bill Haley, John Swenson, W. H. Allen, London, 1982.



08 décembre, 2019

Disque : Biggest Hits, par Bill Haley

En 1968, Bill Haley a 43 ans. Il connaît un regain de succès, en particulier en Angleterre où il compte de fidèles admirateurs, ainsi qu'en Suède où il entreprend une tournée en juin. Sa nouvelle maison de disques, Sonet, basée dans ce pays, lui fait enregistrer à l'occasion de la tournée un album en studio intitulé Biggest Hits. Sur les douze titres de l'album, Bill enregistre à nouveau plusieurs de classiques, certains pour la énième fois : "Rock Around the Clock", "Skinny Minnie", "The Saints Rock and Roll", "Shake Rattle and Roll", "Rock-a-Beatin' Boogie", "Rock the Joint" et "See You Later, Alligator".


Le rocker chante ses tubes d'une manière décontractée, sur un tempo plus lent que celui des versions originales, mises en boîte près de quinze ans plus tôt. J'aime néanmoins ce disque, maintes fois réédité par divers labels dans le monde entier. Peut-être parce que ce fut mon premier disque de Haley. En France, ce LP, sous le label bon marché Musidisc, était dans tous les bacs de supermarchés et hypermarchés à la fin des années 1970. C'était souvent avec lui qu'une nouvelle génération de rockers découvrait Bill Haley.

Ce 33 tours inclut des morceaux presque plus intéressants que les tubes précités, si souvent réenregistrés par Bill. J'aime le tempo médium de "Flip, Flop and Fly", avec un piano boogie (joué par Rune Ofwermann) et des ricochets de steel guitar (jouée par Nick Nastos). Haley enregistrera à nouveau cette chanson quatre mois plus tard pour United Artists, avec un rythme plus rapide et un solo de piano endiablé. Dans le style asiatico-rock, Bill reprend "Ling Ting Tong", rappelant son "Dragon Rock" enregistré en 1959.

Sur le plan instrumental, la guitare rythmique de Bill est audible, ce qui est rarement le cas dans ses enregistrements en studio. Son jeu consiste à marquer les temps par ses accords, de manière étouffée, avec un son assez grave, une façon de jouer très différente de celle qu'il avait sur scène. En 1968, voilà dix ans que les Comets utilisent une basse électrique. Al Rappa, qui joue avec eux depuis 1959, exécute ses lignes caractéristiques, différentes de celles de ses prédécesseurs contrebassistes. Rudy Pompilli fait comme d'habitude un travail admirable au saxophone, en harmonie avec le guitariste soliste Nick Nastos dont le jeu est assez proche de celui de Carl Perkins. J'aime moins, en revanche, le son et le style du batteur John "Bam Bam" Lane. La caisse claire est en retrait et le jeu de cymbales moins percutant que celui de son successeur, Bill Nolte.




Mon premier disque de Bill Haley

"Août 1976, Plancoët". Ce sont les quelques mots qu'inscrivit ma mère sur le premier disque de Bill Haley qui entra dans la famille. En cet été caniculaire, j'ai dix ans. Nous nous promenons, en vacances, sur un marché en Bretagne. Mon père s'arrête devant un stand de disques. Un 33 tours attire son attention : un disque du label français Musidisc intitulé Bill Haley and the Comets. Rock!! Il s'agit des pistes enregistrées en studio en Suède pour le label Sonet, en 1968.

Le verso : disque garanti "rock" !
Photo d'un des concerts de Haley
à l'Alhambra (Paris), en 1966.
Cette trouvaille fut la madeleine de Proust de mon père, qui avait entendu pour la première fois "Rock Around The Clock" lors de son service militaire, durant la guerre d'Algérie, vers 1956, en  assistant à une projection du film Graine de violence. Plusieurs fois, il m'expliqua ce qu'il ressentit à ce moment : de l'excitation, une envie de vivre à toute vitesse – il faisait de la moto –, une joie mêlée à une certaine révolte... Longtemps plus tard, il entendit à la radio le fameux air, qui l'émut derechef. C'était peut-être en 1974, lorsque "Rock Around the Clock" se vendait à nouveau, propulsé par le film American Graffiti dont il faisait partie des bandes originales.

Qui était ce Bill en veste rouge ?
Le disque Musidisc reste muet dans notre location saisonnière, attendant d'être joué sur le tourne-disque familial. La photo de la pochette m'intrigue : qui est ce Bill en veste rouge, dans une position statique, avec sa guitare noire, entouré de musiciens en costumes bleu ?
Bill Haley Musidisc
Sur le verso, l'inscription-souvenir de 1976.

A notre retour de vacances, mon père joue le 33 tours sur l'électrophone Dual du salon. Le rythme de Bill et ses Comètes me marquent instantanément. Je ressens, je présume, la même chose que mon père vingt ans auparavant.

Le 22 août 1976, la télévision française diffuse pour la première fois le feuilleton Happy Days, ayant pour générique "Rock Around the Clock". Ce fut mon second choc musical de 1976, confirmant mon attrait pour la musique de l'homme à l'accroche-coeur.